Côte d’Ivoire/ Présidentielle 2025 : Chérif Hamed Haïdara appelle à la négociation et exhorte Ouattara à un geste d’apaisement

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La publication de la liste électorale définitive qui scelle l’exclusion des principaux leaders de l’opposition ivoirienne à l’élection présidentielle d’octobre 2025 a suscité une sortie musclée de ces derniers cette semaine. Face à cette situation de crise pré-électorale, Chérif Hamed Haïdara, le président du rassemblement démocratique ivoirien Rdi réagit. Il a échangé avec la presse au siège de son parti ce mardi 10 juin 2025.

 

L’élection présidentielle de 2025 arrive à grands pas, malgré vos nombreux appels à un report d’un an. Avez-vous l’impression de ne pas avoir été entendu ?

C’est l’impression que cela donne effectivement. Et c’est vraiment dommage ! Dans un état de droit où la population a choisi de vivre dans la démocratie, il est absolument nécessaire que les acteurs sociopolitiques s’entendent sur un minimum de choses, avant d’aller à des élections. Surtout, lorsque les voix discordantes se font de plus en plus remarquer à cause de l’interprétation des textes. Les acteurs doivent comprendre que, devant l’histoire, leur responsabilité est engagée. Ils ne doivent pas omettre leur obligation de travailler pour préserver un climat de paix. Ce n’est pas le cas, malheureusement, au regard de l’actualité. Les principaux leaders de l’opposition que sont Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, Soro Guillaume et Tidjane Thiam ne pourront pas participer aux prochaines élections, puisque leurs noms ne figurent pas sur la liste électorale. Et leurs réactions relayées par la presse laissent présager des moments d’incertitude pour le pays. Ce que le Rdi ne veut pas envisager.

Le président de la Cei,  Kuibiert Coulibaly soutient que la liste électorale définitive est crédible. Qu’en pensez-vous ?

C’est ce que les ivoiriens l’ont entendu dire. L’opposition estime que tant que les noms des leaders que j’ai cités tout à l’heure n’y figure pas, il y a problème. En revanche je pense personnellement que la crédibilité ne se décrète pas. Elle se constate. Les observations et dénonciations relatives à la présence de personnes décédées ou d’individus dont les identités sont douteuses devraient être prises en compte. Alors on pourra prétendre que la liste est crédible. Autrement si on méprise les récriminations pour aller au vote, en prétextant vouloir respecter les dates des élections telles que prévues par la constitution, il faut craindre que cette façon de faire nous conduise droit dans le mur.

L’ancien président Laurent Gbagbo a promis qu’il y aura la bagarre. Comment réagissez-vous à ces propos ?

Le président Laurent Gbagbo exprimait son courroux devant une situation qu’il estime injuste. Les autres candidats déclarés également exclus ont réagi plus ou moins dans ce sens. Cela est compréhensible. Toutefois, notre position est qu’il faut éviter les excès. Dans nos propos, dans nos gestes, même dans les pensées qui nous animent, il faut que nous ne perdions pas de vue que l’intérêt supérieur de la nation recommande que nous fassions chacun preuve de modération. C’est le signe de l’humilité de l’Homme. Et le président Laurent Gbagbo est un fils de ce pays qui tire sa popularité de sa proximité avec son peuple. On est unanime qu’il est vraiment humain et altruiste. C’est pourquoi nous pensons qu’avec un peu de recul il ne peut pas assumer d’envoyer les gens casser tout pour que son nom soit réinscrit sur la liste électoral. Un appel à manifester est correct. Cependant la loi encadre l’organisation des manifestations. Nous voudrions espérer qu’il conduise ses partisans à observer cela.

Selon vous, éventuellement en cas de troubles, serait-il correct d’imputer la responsabilité à la seule opposition ivoirienne ?

Ce n’est pas ce que j’ai dit ! A moins que vous m’ayez mal compris. Il faut balayer du revers de la main pareille éventualité. Nous disons qu’en politique, tous les sujets se traitent par des accords. L’opposition ivoirienne est composée de grands partis revendiquant la culture de la démocratie. Le président Laurent Gbagbo est le père de la démocratie ivoirienne. C’est par le combat qu’il a mené avec ses compagnons de lutte que notre pays a renoué avec le multipartisme en 1990. Le Pdci-Rda a aussi récemment fait montre de sa pratique démocratique à travers l’élection de notre frère Tidjane Thiam à sa tête puis en tant que candidat pour l’élection présidentielle prochaine. Le Fpi du premier ministre Affi N’guessan, le Cojep du ministre Charles Blé Goudé et MGC de l’ex- première dame Simone Gbagbo également sont des formations donc la pratique de la discussion ne sont plus à démontrer. Nous pensons par conséquent que ces démocrates réunis doivent prioriser la voie de la négociation. Les violences ne produisent toujours que la désolation et l’amertume. En revanche, on peut ne pas aimer le président Alassane Ouattara, mais il faut reconnaître que l’homme a un leadership indiscutable. Son action à la tête de ce pays pendant ces quinze dernières années nous a produit d’importantes infrastructures économiques qui font et qui feront la fierté de notre peuple encore très longtemps. D’autres parts, le volet sécuritaire. Le régime Ouattara gère avec maestria la question de la sécurité pour garantir aux ivoiriens un climat dans lequel ils mènent leurs activités pour gagner tranquillement leur pain quotidien. Pendant ce temps le terrorisme éprouve d’autres pays voisins. Ce n’est pas rien. Nous ne disons pas que tout est rose ici ! Mais nous pensons que le nom d’Alassane Ouattara doit s’inscrire en lettres d’or dans les annales de l’histoire de notre pays. Et c’est pourquoi les militants et notamment les dirigeants de son parti, le Rhdp, gagneraient à mettre balle à terre. L’opposition ne brandit pas d’entrée l’épée. Elle demande de s’asseoir pour discuter de bonne foi. Nous encourageons le Rhdp à y aller. On ne peut pas aimer Alassane Ouattara et refuser de discuter pour préserver la paix dans ce pays pour lequel il s’est tant investi. Et nous n’avons pas d’autres pays que la Côte d’ivoire. Si nous sommes vraiment démocrates, si nous sommes réellement disciples du président Félix Houphouët Boigny, soyons pro-Côte d’Ivoire. Allons à la table de négociation pour sauver le pays. D’autres parts, je voudrais saisir l’occasion pour m’adresser au Président de la République Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara lui-même, en tant que mon mentor. « Monsieur le Président, le temps n’est pas bon et les bruits qui nous parviennent nous inquiètent. En votre qualité de chef de l’Etat et donc d’Autorité Suprême dans ce pays, je voudrais respectueusement vous demander de prendre vos responsabilités pour nous sauver. Faites un geste envers vos frères exclus de la liste électorale par la justice, s’il vous plaît. L’histoire retiendra, en plus de tous les sacrifices que vous avez consentis jusque-là, ce geste salvateur. Et votre peuple vous le revaudra toujours. »

 

Et pour les élections, il ne reste plus que 4 mois. Le Rdi prévoit -il de présenter un candidat ?

Le Rdi veut participer à des élections inclusives et transparentes. C’est pourquoi nous n’avons cessé d’appeler à la concertation. Nous avons toujours demandé la réduction de la caution et la suppression des parrainages. En attendant, nous nous organisons. Même à un mois des élections, si elles sont maintenues au 25 octobre 2025 nous pouvons encore agir. Donc nous observons.

 

Propos recueillis par le Sercom

 

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