Le Sénégal s’apprête à honorer l’un de ses plus illustres hommes d’État. Les 4 et 5 juin 2026, un hommage national sera rendu à l’ex-président Abdoulaye Wade, qui célèbrera son centième anniversaire le 29 mai 2026. Initiée par l’actuel chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, cette célébration inclusive entend rassembler tous les Sénégalais autour d’une figure qui aura incarné un siècle de combat pour la démocratie en Afrique.
Par la Rédaction
Publié le 28 mai 2026
Des bancs de l’école aux prétoires politiques
Né le 29 mai 1926 dans un Sénégal sous domination coloniale, Abdoulaye Wade grandit dans un milieu modeste. Brillant étudiant, il est formé à la prestigieuse École normale William Ponty avant de s’envoler pour la France, d’où il revient bardé de diplômes en droit, économie et philosophie.
Devenu avocat et professeur agrégé, il s’inscrit au barreau de Dakar en 1960. Me Wade s’illustre rapidement dans des procès politiques retentissants, notamment en défendant Mamadou Dia face au président Senghor en 1962. Panafricaniste convaincu, il participe en 1973 à la rédaction de la Charte africaine de la coopération pour l’OUA. C’est en 1974 qu’il franchit définitivement le pas de la politique en fondant le Parti démocratique sénégalais (PDS), introduisant le pluralisme dans un paysage alors monolithique.
L’opposant historique devenu architecte du changement
Pendant plus d’un quart de siècle, Abdoulaye Wade sera l’opposant historique par excellence. Face à Léopold Sédar Senghor puis à Abdou Diouf, il enchaîne quatre candidatures infructueuses (1978, 1983, 1988, 1993), subit la prison, mais ne renonce jamais à ses idéaux libéraux.
La consécration arrive le 19 mars 2000. Porté par le mot d’ordre « Sopi » (le changement, en wolof), il remporte la présidentielle avec plus de 58 % des voix. Cette victoire historique met fin à quarante ans de régime socialiste et consacre la première alternance démocratique et pacifique du pays, élevant le Sénégal au rang de modèle démocratique pour le continent.
Un héritage de bâtisseur entre ombres et lumières
Au pouvoir de 2000 à 2012, le président Wade transforme le visage du Sénégal. Son magistère est marqué par une politique de grands travaux sans précédent : routes, écoles, électrification rurale. Visionnaire panafricain, il est l’un des pères fondateurs du NEPAD et initie des projets culturels titanesques, à l’instar du Monument de la Renaissance Africaine inauguré en 2010.
Cependant, sa gouvernance suscite aussi de vifs débats. Les modifications constitutionnelles successives, les accusations de népotisme entourant son fils Karim, et surtout sa candidature controversée à un troisième mandat en 2012 provoquent de violentes tensions. Battu au second tour par Macky Sall, il accepte dignement sa défaite et quitte le pouvoir.
Bien que retiré de la scène active, le centenaire Abdoulaye Wade demeure une icône incontournable. Cet hommage national des 4 et 5 juin prochains célèbrera l’œuvre d’un bâtisseur dont le destin s’est confondu avec l’histoire moderne de la République du Sénégal.