L’héritage religieux de Félix Houphouët-Boigny : Les lieux de culte au service de la paix et de la cohésion nationale

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À travers les grandes mosquées, les cathédrales et autres édifices religieux construits ou soutenus sous son règne, le premier président de la Côte d’Ivoire entendait faire de la diversité confessionnelle un levier de fraternité et de paix. L’Architecte-Expert et Anthropologue Babily Dembélé revient sur cette dimension souvent moins évoquée de l’héritage du « Père de la Nation ».

L’héritage de Félix Houphouët-Boigny ne se résume pas aux grandes infrastructures économiques, administratives et sociales qui ont accompagné les premières décennies de la Côte d’Ivoire indépendante. Il comprend également un important volet religieux, révélateur d’une conception de la société ivoirienne fondée sur la coexistence pacifique des confessions.

Pour Babily Dembélé, Architecte-Expert et Anthropologue, cette dimension mérite une attention particulière. À travers son témoignage, il souligne la place accordée par Félix Houphouët-Boigny aux communautés religieuses et aux lieux de culte, que le premier président ivoirien considérait non seulement comme des espaces de prière, mais aussi comme des lieux de rassemblement, de dialogue et de rapprochement entre les populations.

Des lieux de culte au cœur d’une vision nationale

Cette conception s’est notamment traduite par le soutien apporté à la construction de nombreux édifices religieux musulmans et chrétiens à travers le pays. Dans la communauté musulmane, les Grandes Mosquées d’Adjamé, de Korhogo, d’Odienné, de Yamoussoukro et de la Riviera Golf comptent parmi les réalisations les plus emblématiques de cette période. D’autres lieux de culte ont également vu le jour ou bénéficié d’un soutien dans des villes comme Gagnoa et Daloa, ainsi que dans plusieurs autres localités du pays.

Selon Babily Dembélé, ces réalisations témoignent de l’attention portée aux différentes composantes religieuses de la nation et d’une volonté de maintenir un équilibre reposant sur la reconnaissance et le respect mutuels.

La même démarche s’est manifestée auprès des communautés chrétiennes, notamment catholiques et protestantes. À Abidjan comme à Yamoussoukro, plusieurs édifices religieux ont été construits ou soutenus au cours de cette période.

La cathédrale Saint-Paul du Plateau figure parmi les réalisations majeures de cette époque. Le Sanctuaire marial de Yopougon constitue également un témoignage de cette politique de développement des infrastructures religieuses.

Mais c’est à Yamoussoukro que cette vision a trouvé son expression la plus spectaculaire avec la construction de la Basilique Notre-Dame de la Paix. Consacrée par le pape Jean-Paul II, elle est devenue l’un des monuments religieux les plus emblématiques de la Côte d’Ivoire et du continent africain.

 

« Dieu est amour »

Babily Dembélé conserve un souvenir particulier de cette période. Alors qu’il exerçait comme architecte contractuel aux côtés de confrères italiens sur les chantiers de la Basilique de Yamoussoukro et de la cathédrale Saint-Paul du Plateau, il eut l’occasion de rencontrer Félix Houphouët-Boigny lors de ses visites sur les sites. Une question revenait régulièrement au cours de leurs échanges : pourquoi le chef de l’État accordait-il autant d’importance à la construction des édifices religieux ?

Selon le témoignage de Babily Dembélé, la réponse de Félix Houphouët-Boigny tenait en quelques mots : « Dieu est amour ». Le président ivoirien expliquait, selon son interlocuteur, que sans amour, il ne pouvait y avoir ni paix, ni mariage, ni véritable vivre-ensemble. Une philosophie qui, aux yeux de Babily Dembélé, permet de mieux comprendre la place occupée par la religion dans la conception politique et sociale du premier président ivoirien.

 

Une conception de l’État fondée sur la continuité

Le témoignage de Babily Dembélé rapporte également une réflexion de Félix Houphouët-Boigny sur la succession et la continuité de l’État. Le chef de l’État rappelait, selon l’Architecte-Expert et Anthropologue, qu’aucun dirigeant ne devrait se considérer comme indispensable au point de confondre son destin personnel avec celui de la nation.

Cette réflexion s’inscrivait dans une conception plus large de la responsabilité politique : l’État devait survivre aux hommes et la construction nationale dépasser les ambitions individuelles. Dans cette perspective, l’attention accordée aux différentes communautés religieuses participait d’un projet de société plus vaste, fondé sur la tolérance, la fraternité, le dialogue et la recherche de la paix.

L’architecture religieuse comme instrument de cohésion

Pour Babily Dembélé, les édifices religieux hérités de cette période ne doivent donc pas être appréhendés sous leur seule dimension architecturale. Derrière les mosquées, les cathédrales, les sanctuaires et autres lieux de culte se trouvait également une vision politique et sociale : faire de la diversité religieuse une richesse nationale plutôt qu’un facteur de division.

Le soutien apporté aux communautés musulmanes, catholiques et protestantes constituait ainsi, selon lui, un élément d’une démarche destinée à renforcer l’entente entre les différentes composantes de la société ivoirienne.

Cette approche revêt une importance particulière dans un pays marqué par la diversité des croyances et des traditions. La coexistence des confessions pouvait alors être pensée non comme une source de confrontation, mais comme l’un des fondements du vivre-ensemble.

Un héritage qui dépasse les monuments

À travers son témoignage, Babily Dembélé invite finalement à regarder l’héritage religieux de Félix Houphouët-Boigny au-delà de la monumentalité des constructions. Les grandes mosquées et les édifices chrétiens constituent certes un patrimoine architectural majeur. Mais leur portée, estime-t-il, réside également dans le message qu’ils étaient censés véhiculer : celui d’une société ivoirienne capable de faire cohabiter différentes sensibilités religieuses autour de valeurs communes. L’amour, la tolérance, la fraternité, le dialogue et la paix apparaissent ainsi comme les principaux enseignements que l’Architecte-Expert et Anthropologue retient de cette politique religieuse.

À travers cette lecture, les lieux de culte construits ou soutenus sous Félix Houphouët-Boigny deviennent les témoins matériels d’une ambition plus large : consolider la cohésion nationale en faisant du respect des croyances et du dialogue interconfessionnel des instruments de paix.

 

Contribution de Babily Dembélé, Président de l’Alliance Pour la République (APR).

 

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