Inspiré d’un drame ayant marqué son enfance, le réalisateur Jacques Trabi signe avec Anthôman un long-métrage où se mêlent traditions africaines, amour, guerre et quête de rédemption.
Le cinéma Pathé de Marcory a servi de cadre, le mercredi 29 juillet 2026, à l’avant-première du film Anthôman, une production de Babi Picture réalisée par Jacques Trabi. Devant un parterre d’acteurs du monde culturel et cinématographique, le long-métrage a été salué par de vifs applaudissements, témoignant de l’intérêt suscité par cette œuvre qui plonge le spectateur dans la Côte d’Ivoire de la seconde guerre mondiale et précoloniale. Pour Jacques Trabi, Anthôman trouve son origine dans un souvenir d’enfance.
Le cinéaste raconte avoir été profondément marqué par un drame survenu à Gonaté. « Une de mes tantes est venue annoncer que son père avait tué accidentellement son meilleur ami, lors d’une partie de chasse. Quelques mois plus tard, il s’est suicidé. Cette histoire ne m’a jamais quitté », confie-t-il. De cette tragédie est née une réflexion sur la culpabilité, la jalousie et le pardon qui constituent le fil conducteur du film. « Anthôman est un hymne à l’amour, au pardon et à la tolérance », affirme le réalisateur. La productrice Prisca Marceleney, fondatrice de Babi Picture, a souligné l’ampleur de cette aventure cinématographique.
Lancée en 2020, la réalisation du film s’est achevée en 2026 après dix-huit mois de post-production. Le tournage a mobilisé près de 550 personnes et généré 95 emplois temporaires, avec des prises de vues réalisées à Blanoufla, Man, Grand-Bassam et Walheim, en Alsace.
Six pays ont collaboré à cette production : la Côte d’Ivoire, la France, le Mali, le Burkina Faso, le Tchad, l’Éthiopie. La reconstruction d’un village, la fabrication de décors et d’accessoires d’époque, ainsi que l’intervention d’artificiers pour les scènes de guerre illustrent les moyens déployés pour offrir une œuvre à la hauteur des ambitions de ses promoteurs.
Pour Prisca Marceleney, Anthôman démontre que le cinéma peut être à la fois un vecteur de valorisation culturelle et un levier de création d’emplois. Le scénario suit le destin de Kalou et Gooré, deux amis inséparables du village de Blanoufla.
Lors d’une chasse nocturne, Gooré tue accidentellement Kalou. Bien qu’il soit déclaré innocent après avoir survécu à l’épreuve du poison traditionnel, il reste hanté par ce drame. Recruté pour combattre sous le drapeau français durant la seconde guerre mondiale, il promet sur la tombe de son ami que son retour vivant prouvera définitivement son innocence. Quatre ans plus tard, il revient dans un village, où traditions, blessures de guerre et sentiments inavoués vont bouleverser son destin.
Mêlant les langues gouro, baoulé et le français, Anthôman entend également mettre en lumière la richesse du patrimoine ivoirien. Après une avant-première réussie, le film sera projeté durant un mois au cinéma Pathé.
Pacôme Koffi