Élu en août 2021 à la présidence du Conseil national des jeunes de Côte d’Ivoire (CNJCI), Ibrahima Diabaté devait, selon la durée annoncée de trois ans, achever son mandat en 2024. Pourtant, plus de deux ans après cette échéance théorique, il demeure à la tête de l’organisation. En l’absence d’annonce publique d’un renouvellement des instances, cette situation alimente les interrogations sur le cadre institutionnel, la gouvernance et la légitimité actuelle de l’organisation.
Élu dans la nuit du 5 au 6 août 2021 à l’issue de la convention nationale de renouvellement des instances du CNJCI, Ibrahima Diabaté avait remporté le scrutin avec 86 voix sur 119. Il avait ainsi largement devancé ses cinq principaux concurrents, après une compétition qui avait enregistré 21 candidatures initiales.
Cette élection avait alors été présentée comme une étape importante dans la redynamisation de la représentation de la jeunesse ivoirienne. Présent lors de la convention, le ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, Mamadou Touré, avait notamment invité les jeunes à s’impliquer dans la vie citoyenne tout en préservant leur engagement des manipulations politiques.
Trois ans plus tard, c’est précisément la gouvernance de cette organisation qui suscite des interrogations.
Une échéance arrivée à terme
Le mandat issu du scrutin de 2021 étant annoncé pour une durée de trois ans, son renouvellement était attendu en 2024. Or, aucune nouvelle élection n’a, à ce jour, été annoncée publiquement, tandis qu’Ibrahima Diabaté continue d’exercer ses fonctions.
La principale interrogation ne porte pas sur sa personne, mais sur le fondement institutionnel de cette situation. Une prorogation du mandat a-t-elle été décidée ? Par quelle instance ? Sur la base de quelles dispositions ? Pour quelle durée ? Et un calendrier de renouvellement est-il envisagé ?
Autant de questions qui mériteraient des réponses officielles afin de dissiper les incertitudes.
Le contexte électoral en question
Le contexte politique ivoirien, notamment l’élection présidentielle d’octobre 2025, pourrait être évoqué pour expliquer le maintien des instances actuelles. Mais une telle justification ne saurait, à elle seule, régler la question du fonctionnement interne du CNJCI.
Si une prolongation exceptionnelle est prévue par les textes, elle devrait pouvoir être clairement établie et expliquée. La question est donc avant tout juridique et institutionnelle.
Entre proximité institutionnelle et indépendance
Le CNJCI occupe une place importante dans l’écosystème de la jeunesse ivoirienne. Il est appelé à porter les préoccupations des jeunes et à favoriser leur participation citoyenne, tout en servant d’interface avec les pouvoirs publics.
Cette proximité institutionnelle peut faciliter le dialogue avec l’État. Elle peut cependant aussi alimenter les interrogations sur l’indépendance de l’organisation lorsque le renouvellement de ses instances tarde à intervenir.
Il ne s’agit pas d’affirmer que le CNJCI fait l’objet d’une instrumentalisation politique. Mais l’absence d’explications publiques sur la prolongation du mandat peut contribuer à nourrir cette perception.
Une clarification attendue
Au-delà du cas d’Ibrahima Diabaté, c’est donc la crédibilité du mécanisme de représentation de la jeunesse qui est en jeu. Sa victoire de 2021 lui confère une légitimité élective initiale incontestable, mais cette légitimité doit pouvoir être renouvelée ou prolongée conformément aux règles qui régissent l’organisation.
Le CNJCI gagnerait ainsi à communiquer clairement sur le statut actuel de ses instances, le fondement éventuel de la prorogation du mandat et le calendrier d’un prochain renouvellement.
La question dépasse désormais une simple échéance électorale. Elle touche à la gouvernance, à la transparence et à la démocratie interne d’une structure appelée à représenter une frange majeure de la population ivoirienne.
Si le maintien de l’équipe dirigeante repose sur des dispositions régulières, leur clarification permettrait de mettre fin aux interrogations. Si un renouvellement est prévu, sa programmation offrirait la visibilité attendue. Dans les deux cas, la transparence apparaît comme la meilleure réponse aux doutes qui entourent aujourd’hui l’avenir du CNJCI.
P.K.